2018

Une survivante au Hellfest

Peut-être le savez vous déjà, mais si j’étais au Bataclan le 13 novembre 2015, c’est parce que la musique me fait vibrer.

La musique fait partie de ma vie, je ne peux pas vivre sans elle. Et pourtant, c’est bien elle qui a fait que j’ai failli y rester.

Depuis, cette passion ( tout comme la création artistique ) est encore plus encrée en moi. Elle me donne de l’espoir, me libère de la colère, me vide l’esprit et entretien mon imagination, mais surtout : elle libère les émotions.

Un traumatisé passe parfois par des phases de blocage d’émotions. Si certains d’entre nous retournons aux concerts, c’est pour résister, se battre pour aller de l’avant, et pour se sentir en vie.

Entendre la batterie dans sa cage thoracique, pleurer de bonheur ou de souffrance en écoutant une mélodie, un riff, une parole, c’est bon. Même si on souffre parfois, on se sent vidé et soulagé.

Le Hellfest est un concentré de tout ce que je recherche dans ce monde. Du bonheur, de l’amour, de l’amitié, de la bienveillance, de la folie, de la créativité, de l’humour, de la solidarité, toutes ces valeurs qui sont devenues si importantes à mes yeux, et qui se perdent peu à peu, dans une société si individualiste. Le manque de respect et l’injustice me font littéralement souffrir, ou péter les plombs (si vous avez lu ma BD vous savez de quoi je parle…)

Pour ceux qui ne connaissent pas le Hellfest et qui pensent que c’est une réunion de drogués métalleux alcooliques et agressifs, c’est tout le contraire.

L’humain juge, l’humain a peur de ce qu’il ne connait pas. Alors pour ceux qui ont peur, je vais vous expliquer à ma façon.

Ce festival cumule environ 180 000 personnes sur 3 jours. Les gens viennent du monde entier. Et pourtant. Et pourtant, je me sens comme chez moi. Je me sens en sécurité. Entourée de gens que je ne connais pas, mais qui sont là pour moi.

Chacun veille sur l’autre, qu’on se connaisse, ou non.

On rencontre tout type de déguisements. Fini les préjugés. Fini les remarques. Les gens viennent comme ils ont envie d’être, et personne ne les jugera pour ce qu’ils sont.

On se libère de tous les carcans sociaux. On devient nous même, on se sent libre d’être nous même, sans avoir peur du regard des autres. Et cela, ça n’a pas de prix.

C’est donc, beaucoup plus que de la musique. C’est la fête de la vie et de la liberté.

C’est la fête de l’humain. Cela fait ressortir le meilleur d’entre nous.

Le Hellfest est un bon médicament contre la dépression.

Il est devenu mon pèlerinage.

Il m’apporte de l’espoir

Il m’offre le meilleur de l’humain.

*Petites anecdotes*

*Devant un concert, je m’allonge sur l’herbe pour profiter au maximum tout en me reposant. Un couple de festivaliers marche pas loin de moi et l’homme renverse mon verre avec son pied . Sa copine, horrifiée par la situation, commence à engueuler son mec, qui se précipite pour me donner son verre de bière à peine entamé pour se faire pardonner .*

*Au coin de la restauration, un homme me demande si je veux des pommes de terre, il n’a plus faim, et il ne veut pas les jeter. Il me dit que si je ne mange pas tout, il faudra demander à d’autres personnes jusqu’à ce que le plat soit vide. *

C’est ça, l’esprit Hellfest.

hellfest2019-Catherine-bertrand